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Dossier Patrick Drahi - juif, propagandiste et agent du sionisme


- Qui est Patrick Drahi ?

- Citizen Drahi, Israélien de cœur et de nationalité : un empire médiatique tentaculaire

- L'acquéreur de SFR, Patrick Drahi, est un militant « sioniste » ayant renoncé à la nationalité française







Qui est Patrick Drahi ?


Pour E&R par la revuee Faits & Documentss


Égalité et Réconciliation, 10 décembre 2014



Le point commun entre Libération, i24News et SFR ? Un homme : Patrick Drahi. Pour la seule année 2014, cet inconnu aura racheté l’opérateur de télécommunication à Vivendi, acquis 42 % du quotidien soixante-huitard et lancé « une chaîne multilingue internationale avec un regard israélien ». Né au Maroc, Patrick Drahi apparaît un jour à Paris pour les affaires, le lendemain à Tel-Aviv, où il possède un appartement dans la tour Rothschild, et le surlendemain en Suisse, pays dont il est résident fiscal. Ce « nabab des télécoms », chez lui à la fois partout et nulle part, virtuose de l’ingénierie financière, a bâti un véritable empire sur un système d’endettement colossal. Avec un actif net évalué à 9,6 milliards de dollars, il est passé en un an de la 215e à la 132e pace du classement des fortunes mondiales établi par le magazine Forbes. Soit la 12e fortune de France. Un classement où il refuse d’apparaître, ayant assuré avoir rendu son passeport français… avant de se raviser.


« Je préfère avancer et grandir dans l’ombre. »

Patrick Drahi, M, Le Monde, 8 mars 2014

 

« L’homme d’affaires […] a déduit un axiome, les télécoms suivent des cycles septennaux, comme dans la Torah. »

Challenges, 17 mars 2014

 

« David a gagné contre Goliath. »

Communiqué de Numéricable après la défaite de Bouygues le 14 mars

 

« L’appétit d’ogre de Patrick Drahi, champion des fusions à répétition. »

Le Figaro, 14 mars 2014

 

« Un autre regard sur Israël et l’actualité internationale en mettant en avant ce qui rassemble et non ce qui divise. »

Patrick Drahi à propos de sa chaîne de télé-vision israélienne i24News, Oumma, 17 juin 2013

 

« Offrir au monde une autre vision d’Israël. »

Actualité juive, 27 mars 2014

 

« Ce surdoué milliardaire est inconnu. Et pourtant, il va devenir le n°2 du téléphone en France ! »

Le Point, 27 mars 2014

 

« Les quatre enfants qu’il a eus […] étudient dans les meilleurs écoles à Bristol, Genève et Tel Aviv, et semblent programmés pour reprendre un jour les commandes. Tous les vendredi soir [NDA : le soir du shabbat], Patrick Drahi saute dans un jet de location pour les retrouver, rassemblés dans l’une ou l’autre de ses propriétés. »

Capital, mai 2014

 

« Discret en France, M. Drahi l’est tout autant en Israël […] Le magnat du câble s’est quand même construit une solide notoriété en développant les métiers d’un groupe dont plus d’un Israélien sur deux est aujourd’hui client. »

Le Monde, 22 mars 2014 (en réalité, les deux tiers des Israéliens sont ses clients)

 

« Israël est l’un de ses engagements les plus forts. »

Libération, 6 avril 2014

 

 

Faire fortune en câblant les HLM avec les chaînes en arabe

En mai 2013, Patrick Drahi faisait savoir, par une sommation juridique de son avocat Alexandre Marque du cabinet Franklin, qu’il ne souhaitait pas figurer dans le classement Challenges des 500 premières fortunes françaises.

« M. Drahi a pris la nationalité israélienne et renoncé à la nationalité française. La perte de la nationalité lui est définitivement acquise. Il ne s’agit pas d’une double nationalité franco-israélienne. » (Challenges 14 mars 2014)

Mais du fait de la polémique née au moment du rachat de SFR, Patrick Drahi assure depuis être toujours français et agir, évidemment, au nom des intérêts français.

C’est au Maroc que tout a commencé le 20 août 1963. Issu d’une famille de la communauté juive de Casablanca, ce petit-fils de tailleur a grandi dans une famille d’enseignants, ses parents étant professeurs de mathématiques (comme cinq autres personnes dans la famille). En 1978, les Drahi quittent le Maroc et s’installent à Montpellier. Élève brillant, Patrick intègre l’École polytechnique (promotion 1983), pourtant à contrecœur : « Pas question de faire l’armée », selon Challenges (17 mars 2014). Dans sa promotion, il se liera plus particulièrement avec Éric Denoyer, aujourd’hui PDG de SFR-Numéricable, Olivier Huart, PDG de Télé Diffusion de France (TDF), qui a longtemps œuvré au groupe Cegetel-SFR, ou encore Jacques Veyrat, ancien président de Neuf Cegetel (racheté par SFR en 2008), ancien président du Groupe Louis-Dreyfus et membre du Siècle.

Le Point (9 janvier 2014) indique qu’il a épousé une Syrienne orthodoxe, lorsque cette dernière était étudiante en médecine. Le couple s’est installé dans un pavillon à Thiais (Val-de-Marne) et a quatre enfants (dont des jumeaux), deux filles et deux garçons qui, élevés dans la plus pure tradition cosmopolite, font leurs études à Lausanne, Bristol et Tel-Aviv. Dispersée aux quatre coins du monde, la famille Drahi se réunit une fois par semaine, pour le dîner du shabbat. Résident fiscal en Suisse depuis 1999, Patrick Drahi est domicilié officiellement à Zermatt, puisque les forfaits fiscaux y sont de 5 à 20 % inférieurs à ceux du canton de Genève, où son épouse possède pourtant sa maison. Comme le résumait Le Canard enchaîné (26 mars 2014), dans des allusions finalement assez lourdes :

« Aucune résidence secondaire dans un fief familial. Pas d’attaches bretonnes ou girondines, la terre natale à la semelle des souliers. Drahi, c’est le Maroc, Israël, la Suisse. Pas très catholique tout ça, petit. »

Drahi achèvera ses brillantes études à SupTélécom avant de débuter chez Philips, à Eindhoven (Pays-Bas). Après s’être fait la main au sein du groupe néerlandais d’électroménager, il fonde en 1993 un cabinet de conseil aux entreprises pour le multimédia et les télécoms, CMA, et va rapidement tout miser sur la technologie du câble. Comme l’indique BFMTV (25 septembre 2013) :

« Il racontait qu’il avait regardé le classement des fortunes de Forbes et avait jeté son dévolu sur le secteur où il y avait le plus de millionnaires. »

Ainsi crée-t-il un câblo-opérateur à Cavaillon (Vaucluse), Sud Câble Services, et réussit à convaincre la société américaine Rifkin d’y investir avant que le câblo-opérateur ne soit finalement racheté par InterComm (où il sera plus tard consultant, de 1998 à 1999) :

« J’ai commencé à Cavaillon, dit-il. J’ai enchaîné les réunions municipales devant les habitants – parfois devant seulement trois mamies. J’ai convaincu le maire en lui expliquant que, grâce au câble, on pourrait inventer une sorte de Bourse du melon. […] Je vendais mon abonnement 79 francs pour 40 chaînes. Mais, surtout, j’avais câblé les HLM et j’ai été le premier à mettre les chaînes arabes sur le câble en France. Jusque-là, il n’y avait que des chaînes comme CNN, la RAI Uno ou ZDF ! » (Le Point, 9 janvier 2014)

En 1995, il crée son second câblo-opérateur, Media réseaux, et raccorde Marne-la- Vallée au câble avec l’aide des investissements de l’américain UPC, entreprise dont il prend, au printemps 1999, la direction des activités pour l’Europe occidentale et méridionale. C’est à cette époque que Patrick Drahi rachète pour 330 millions d’euros une série de câblo-opérateurs français qui fonctionnaient très mal (en général liés à des marchés locaux de HLM) : RCF, Time Warner Cable, Rhône Vision Câble, Videopole et InterComm France. En 2000, trop heureux de se sortir de ce guêpier, l’État lui cède des fréquences et Drahi fonde, avec NRJ et Wendel, un nouvel opérateur, Fortel, dont il prend la présidence du directoire. Quand la bulle Internet explose, UPC, qui a racheté les parts de Drahi en 1999, met la clé sous la porte, mais le « roi des synergies » (Le Canard enchaîné, 26 mars 2014) se retrouve, lui, à la tête d’une petite fortune, ayant vendu ses parts à temps. Après quelques nouvelles et juteuses affaires dans l’immobilier, Drahi crée son propre fonds d’investissement, Altice.

 

Altice, un fonds de droit luxembourgeois domicilié à Amsterdam

Ayant commencé par racheter la compagnie alsacienne Est Vidéocommunication (2002), il s’emparera, en moins de quatre ans, de 99 % du câble français. Ainsi, via Altice, il rachète entre autres Numericable, Noos, France Télécom Câble, TDF Câble, UPC France, etc., ce pour deux milliards d’euros au total grâce au soutien du fonds d’investissement britannique Cinven et du bastion du complexe militaro-industriel américain – plus qu’étroitement lié à la CIA – Carlyle. Tout se fait rapidement et au détriment du client, comme lors de la fusion Noos-Numéricable de 2006, un désastre retentissant. Patrick Drahi signe avec différentes collectivités locales et entreprises la délégation de service public de la boucle régionale de très haut débit, comme en Alsace (2004). Plus tard, il acquiert les câblo-opérateurs des DOM-TOM. En 2007, il acquiert Completel, qui loue le réseau en fibre optique aux entreprises, un investissement qui s’avérera stratégique pour la suite.

On remarquera que la construction du réseau câblé français, véritable désastre financier, a été en totalité financée par des fonds publics (en clair, vos impôts). Mais, en raison de son coût peu avantageux par rapport au satellite ou à l’ADSL, le câble (pourtant un prodige technique) n’a longtemps fonctionné que grâce aux clients captifs que sont les locataires d’HLM. On peut donc considérer que c’est avec une certaine complicité des collectivités territoriales qui équipent les logements sociaux qu’Al-tice va s’enrichir. Or, comme l’expliquait Libération du 14 mars 2014 :

« Son fonds Altice est de droit luxembourgeois, mais coté à Amsterdam. Il y a logé tous ses actifs de télécoms : ses 40 % dans Numericable, le belge Coditel et le portugais Cabovisao, l’israélien Hot, Outremer Telecom ou encore la filiale d’Orange en République dominicaine qu’il vient d’avaler pour 1,1 milliard d’euros. Et son holding personnel, Next LP, abrité dans le fonds Altice qu’il détient à 75 %, est immatriculé à Guernesey. »

Altice, qui s’est enrichi grâce aux collectivités locales via les HLM, ne paie donc pratiquement pas d’impôts en France.

Patrick Drahi a investi également dans le câble et les télécoms à l’international : au Portugal, au Benelux, en Afrique de l’Est et en Israël. Ne parlant pas hébreu, il a commencé à s’intéresser à Israël vraisemblablement quand il a racheté les parts du premier câblo-opé-rateur du pays, Hot, à la banque Leumi, en mai 2009. Il en prend le contrôle petit à petit jusqu’à retirer la société, en 2012, de la bourse de Tel Aviv.

 

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Patrick Drahi reçu au ministère israélien des Communications le 12 avril 2011

 

« Attila » (Le Point, 9 janvier 2014) divise alors par deux les effectifs à coup d’externalisation et de sous-traitance et s’attire les foudres des salariés locaux, ce qui entraînera grèves et manifestations : « C’est avant tout un as de la finance, et c’est vrai que la dimension humaine est secondaire, seul compte le cash », confiait un proche de Drahi au Canard enchaîné (26 mars 2014). Entre temps, il a racheté l’opérateur téléphonique Mirs à Motorola pour 170 millions de dollars. Il compte regrouper ses activités israéliennes dans un grand groupe de télécoms : Mirs sera rebaptisé Hot Mobile en mai 2012. Ironie de l’histoire, en 2011, il se retrouve en concurrence sur ce marché avec Michaël Boukobza, qui détient 50 % de Golan Télécom. Michaël Boukobza, ancien DG d’Iliad-Free, est une vieille connaissance (qui a vendu une partie de ses actions en 2007 pour 27 millions d’euros) puisque Drahi l’avait démarché lors du rachat de Hot. Né en 1978, diplômé de l’ESCP, passé par les banques Rothschild et Morgan Stanley, Michaël Boukobza, rebaptisé Michaël Golan depuis son aliyah, est revenu dans le giron de Xavier Niel en lui servant de « nettoyeur » (cost killer) lors de la reprise du Monde, sans jamais faire mystère de ses convictions ultrasio-nistes (par exemple, lors de la renégociation du contrat liant le quotidien à l’AFP, il osera rebaptiser l’agence d’informations « Agence France Palestine »). Depuis, les deux hommes sont associés dans leur concurrence à Drahi, aussi bien en France qu’en Israël puisque Xavier Niel est entré au capital de Golan Télécom à hauteur de 30 % (ce qui explique les sorties de Niel, qui ne parle plus à Drahi, en soutien à Martin Bouygues).

La constitution de cet empire du câble s’est réalisée par une technique spéculative particulière qui consiste, par un effet de levier appelée LBO, à s’endetter fortement pour racheter une entreprise cible, avant de la restructurer pour en maximiser les profits financiers, et rembourser les emprunts contractés par ponction sur leur propre trésorerie. Drahi est épaulé par deux hommes : le normalien Nicolas Paulmier et l’Écossais Hugh Langmuir, patron du bureau parisien d’Altice et directeur général du fonds depuis 2009, avec qui il se réunit dans le lobby de l’hôtel Scribe, à Paris, où Patrick Drahi, en bon « nomade atta-lien », loue une chambre. Rencontré en 2005 à l’occasion du rachat de Noos, son banquier conseil, Bernard Mourad, né à Beyrouth en 1975, fils d’un cardiologue libanais, passé par HEC et Sciences-Po Paris, est managing director chez Morgan Stanley. On citera également Dexter Goei, directeur général d’Altice, qui a rejoint Drahi en 2009 après quinze ans passés dans la banque d’investissement Morgan Stanley, ainsi que Patrick Giami, qui représente Altice dans plusieurs pays, dont Israël.

 

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Le lobby de l’Hôtel Scribe, le QG parisien de Patrick Drahi

 

« Sa martingale ? “Tant que je gagne, je joue.” »

En novembre 2013, Numericable fait son entrée à la bourse de Paris avant que la maison mère ne fasse de même le mois suivante, à la bourse d’Amsterdam. C’est l’une des introductions les plus importantes de ces dernières années, avec une levée de fonds de 700 millions d’euros. En parallèle, alors qu’Altice ne détenait jusque-là que 20,6 % des parts de Numericable, Patrick Drahi lance le rachat du câblo-opérateur et obtient 40 % des parts en janvier 2014. Dans la foulée, Altice se porte repreneur lorsque Vivendi annonce la mise en vente de SFR. Le gouvernement français annonce sa préférence pour l’autre candidat à la reprise, Bouygues. Quelques heures avant la publication de la décision de Vivendi, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, prévient Patrick Drahi sur sa situation fiscale et déclare au micro d’Europe 1 :

« Numericable a une holding au Luxembourg, son entreprise est cotée à la Bourse d’Amsterdam, sa participation personnelle est à Guernesey dans un paradis fiscal de Sa Majesté la reine d’Angleterre, et lui-même est résident suisse ! Il va falloir que M. Drahi rapatrie l’ensemble de ses possessions, biens, à Paris, en France. Nous avons des questions fiscales à lui poser ! »

Et Najat Vallaud-Belkacem d’exprimer, avec une fausse naïveté certaine, sa crainte de voir SFR « devenir une entreprise suisse ». Le 14 mars, Vivendi annonce être rentré en négociations exclusives avec Numericable. Ce jour-là, l’action de Numericable gagne 15,49 %, pendant que Bouygues dévisse de 6,78 %.

Cette acquisition se fera, une fois de plus, grâce à un endettement massif, Numericable étant huit fois plus petit que SFR. Si la grenouille a avalé le bœuf, c’est que l’affaire a été rondement menée. Il faut dire que dans cette affaire, Drahi avait les faveurs de deux des « juges de paix » du CAC 40, le milliardaire Vincent Bolloré et le président du conseil de surveillance de Vivendi, Jean-René Fourtou. Afin de limiter les critiques, Drahi s’est habilement entouré de Raymond Soubie, ex-conseiller social à l’Élysée, pour répondre de l’impact social (en liaison avec Fleur Pellerin) de son projet mais surtout d’Havas Worldwide pour préparer la communication, avec notamment l’inévitable Stéphane Fouks et Arthur Dreyfus (en liaison avec Bercy et Matignon).

 

 

Finalement Numericable rafle la mise le 5 avril et il y a deux semaines, le 28 novembre, SFR a été officiellement avalé lors de l’assemblée générale de Numericable, pour 13,36 milliards d’euros (soit une détention de 60 % du capital), dont une grosse partie financée sous forme de dette. À la tête du nouveau Numericable-SFR, dont il dirige le conseil d’administration, Patrick Drahi a placé son fidèle bras droit, connu à l’X, Éric Denoyer. Sur les neuf membres du conseil d’administration six viennent de Numericable. On remarquera qu’un des seuls rescapés de SFR, le DRH François Rubichon, est entré au Siècle en 2014. Désormais, avec 28,2 millions de clients fixe et mobile, Patrick Drahi fait jeu égal avec Orange, avec pour ambition (ce qui arrivera certainement rapidement) d’être le leader du très haut débit fibre et mobile. Insatiable, le jour de l’officialisation du rachat de SFR, Patrick Drahi voyait l’Autorité de la concurrence valider le rachat de Virgin Mobile, alors qu’à peine une semaine auparavant, il finalisait le rachat de Portugal Telecom (7,4 milliards d’euros au brésilien Oi). Altice accumule à ce jour 25 milliards d’euros de dette (soit 4 à 4,5 fois son Ebitda, c’est-à-dire son résultat brut). « Les marchés y croient et Drahi les enivre », résument Les Échos (5 décembre 2014), et l’ogre Altice lorgne déjà sur Bouygues Telecom. Comme l’indiquait Libération (14 mars 2014) : « Sa martingale ? “Tant que je gagne, je joue.” »

 

Les investissements dans la presse française de l’homme d’affaires israélien

Au plus fort des tractations pour le rachat de SFR, un fait est passé totalement inaperçu : le 12 mars dernier, celui qui allait devenir quelques jours plus tard le nouveau propriétaire de SFR organisait la soirée d’inauguration d’i24News, « une chaîne multilingue internationale avec un regard israélien ».

À cette soirée, on comptait parmi les invités Michel Drucker, Daniela Lumbroso, Alexandre Arcady, Francis Huster, Ruth Elkrief ou encore Julien Dray (qui défendra Patrick Drahi face à Arnaud Montebourg sur Radio Communauté Juive le 16 mars). Discret en France, l’homme s’est rendu célèbre en Israël, où il a été reçu plusieurs fois par Shimon Peres. Outre le financement de l’école de musique classique « Keshet Eilon », Patrick Drahi y possède un appartement dans la tour Rothschild à Tel Aviv, la ville où il se sent chez lui. Il s’y déplace à bicyclette (Bloomberg TV, 6 février 2014) et la fréquentation de ses plages lui procure un « teint hâlé » (Le Point, 9 janvier 2014).

 

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La luxueuse tour Rothschild, où Patrick Drahi possède un appartement, surplombe Tel-Aviv

 

En Terre promise, le « nabab des télécoms » a racheté feu Guysen TV pour en faire un outil de diplomatie publique « ni de gauche, ni de droite, mais pour Israël » (Jerusalem Post, 25 décembre 2012), dixit Frank Melloul, le directeur de la chaîne et organisateur de la soirée.

Né le 2 juillet 1973 à Fribourg (Suisse), Frank Melloul a notamment été chargé de communication du ministre aux Affaires européennes Noëlle Lenoir, porte-parole adjoint aux affaires stratégiques, terro-risme, Proche-Orient en pleine crise ira-kienne (2003-2004) au Quai d’Orsay, puis le conseiller « presse et communication » de Dominique de Villepin au ministère de l’Intérieur et à Matignon. En 2007, Melloul a été bombardé directeur de la stratégie et du développement international de France 24 avant d’occuper la fonction de directeur de la stratégie, du développement et des affaires publiques de l’Audiovisuel extérieur de la France (AEF). Il restera à l’AEF jusqu’en 2012, avec un passage comme directeur de cabinet du secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, Pierre Lellouche. Précédemment, ce spé-cialiste du « soft power » avait été le conseiller de Lellouche, lorsque ce dernier était le représentant spécial de la France pour l’Afghanistan et le Pakistan. Fort de cette expérience, Frank Melloul a recruté pour la branche francophone d’i24News (la chaîne émet également en anglais et en arabe) des familiers de ce public, comme Stéphane Calvo, un « vrai patriote » (L’Opinion, 17 juillet 2014), transfuge d’Europe 1, comme directeur d’antenne, et Jean-Charles Banoun, journaliste vedette en provenance lui aussi d’Europe 1, au « grand direct ».

« Doter Israël d’un outil d’influence qui contribue à son rayonnement culturel et politique, c’est là un défi qui mérite d’être relevé […] C’est le moment opportun pour mettre en place un outil d’influence comme celui-là […] Je consi-dère qu’aujourd’hui la plus sérieuse menace pour Israël, ce n’est pas le nucléaire iranien, mais la campagne de délégitima-tion qui est menée contre lui […] Le rôle de notre chaîne sera justement d’être la Kipat Barzel, le dôme d’acier de la -communication israélienne. »

Comme le résu-mait le quotidien économique israélien Globes (3 mai 2009), si Drahi « investit en Israël [c’est] parce qu’il est sioniste ». Ce qui est certainement très exact, puisque c’est le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou qui souhaitait, depuis 2010, la création d’une telle chaîne d’informations en continu. Pour l’opération « Bordure protectrice » de l’été 2014, i24News délocalisera spécialement son 20h sur les hauteurs d’Ashkelon, avec une vue imprenable sur Gaza : « Depuis le début des événements, on bat tous nos résultats d’audience » (L’Opinion, 17 juillet 2014).

 

 

Parallèlement, sollicité par le principal actionnaire de Libération, Bruno Ledoux, Patrick Drahi a largement contribué à la recapitalisation du quotidien ex-gauchiste en investissant 4 millions d’euros en avril dernier, puis 10 millions d’euros le 31 juillet suivant, devenant ainsi actionnaire à 42,5 % de Libération, où ses intérêts sont représentés par Marc Laufer. Alors qu’il a déjà acquis les chaînes Vivolta (créée par Philipe Gildas), Shorts TV et Kombat Sport ainsi que le groupe Ma Chaîne Sport, Patrick Drahi ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, étant actuellement en lice pour le rachat de L’Express-L’Expansion où encore de Radio Nova.

 

 

Cet article a été écrit en exclusivité pour Égalité & Réconciliation par la revue Faits & Documents d’Emmanuel Ratier.

Visiter le site de la revue : faitsetdocuments.com.







Citizen Drahi, Israélien de cœur et de nationalité : un empire médiatique tentaculaire

Le Libre Penseur, 2016

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Dans les locaux de i24News, propriété de Patrick Drahi, à Jaffa.


Voici comment les services secrets construisent un empire médiatique sur un financement complètement bidon basé sur la dette et ce pour un objectif simple : propagande, propagande et encore propagande. Ils ont bien lu et compris L’Art de la guerre de Sun Tzu et ils comptent appliquer ses stratégies à la lettre. Il est totalement inconcevable matériellement de s’enrichir aussi vite et tant que ça ! Comme le disait parfaitement Balzac il y a bien longtemps déjà, derrière chaque grande fortune se cache un crime.

Ce qui est encore plus grave, ce sont nos services spéciaux et gouvernants qui font semblant de ne rien voir, rien comprendre. Ils acceptent même des ITW sur ces médias !

Ce qui est encore plus grave, ce sont nos services spéciaux et gouvernants qui font semblant de ne rien voir, rien comprendre. Ils acceptent même des ITW sur ces médias !

Sa holding israélienne s’appelle Cool Limited. Son attachement à Israël, où le milliardaire à la double nationalité franco-israélienne réside par intermittence, se veut « sentimental ». Au cœur de la recomposition du paysage des télécoms et des médias en Israël, Patrick Drahi est muet à Tel-Aviv. Ce qui ne veut pas dire qu’il est inactif. Et il a créé un empire médiatique comprenant BFMTV, L’Express, Libération, RMC, Stratégies, i24News…     

Motus et bouche cousue : le milliardaire franco-israélien des télécommunications et des médias est un homme muet, du moins pour la presse. Du genre à éviter les journalistes, à grommeler rien qu’en les croisant, à la manière du patron de presse imaginé par Franck Capra dans La blonde platine (1931), qui méprise tellement les journalistes qu’il croit pouvoir les acheter pour 50 dollars. Changement d’époque : Patrick Drahi ne corrompt pas, il achète des rédactions entières, à Paris comme à Tel-Aviv. Le nouveau tycoon mondial du téléphone, du câble et des médias est désormais le patron d’un groupe qui compte près de 55 000 salariés dont plusieurs centaines de journalistes.

Patrick Drahi est sur répondeur. Il ne donne pas suite aux questions d’Orient XXI sur ses affaires en Israël, malgré nos relances auprès de son porte-parole, Arthur Dreyfuss, ancien du Quai d’Orsay et de l’agence de publicité Havas WorldWide, deux bonnes écoles de langue de bois. Affaire de tempérament ou savant calcul, Drahi préfère l’ombre à la lumière. Discret en France, il a cependant présenté en détail sa stratégie sur l’avenir de SFR, le second opérateur de téléphonie qu’il contrôle depuis le printemps 2014,devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale le 27 mai. Et la presse française lui consacre de nombreux articles où revient en boucle cette idée qu’Israël a été pour Drahi le «  laboratoire  » de ses visions industrielles.

Rien de tel en Israël, où il est pour le public un illustre inconnu, bien qu’il soit devenu cette année l’homme le plus riche du pays. Riche et pas célèbre  ? Curieux paradoxe. Âgé de 52 ans, Drahi cite Albert Einstein en adaptant «  sa plus belle équation de la relativité : Soit A un succès dans la vie, alors A = x + y + z, avec x = travailler, y = s’amuser, z = se taire.  »1. En Israël, son pays d’adoption, il se tait donc. «  Il pourrait presque faire penser à un agent du Mossad, plaisante à moitié un ami israélien. Tellement transparent que cela en devient suspect  ». «  En Israël, tout petit pays, c’est très facile de se faire un nom, ne pas le vouloir est beaucoup plus difficile  », ironise un journaliste. Pas une couverture de magazine, pas une interview dans la presse de Tel-Aviv, pas un débat télévisé, pas non plus de première à l’opéra. Cette discrétion médiatique sonne presque faux dans ce pays qui raffole du people et des success stories, adore aussi les nouveaux arrivants étalant de bon cœur leur foi sioniste. Drahi, installé depuis six ans en Israël — où il ne réside cependant que par intermittence — devrait être un bon «  client  » pour les médias israéliens.

Une seule fois, en recevant en mars 2015 le prix du mont Scopus récompensant son action philanthropique en faveur de l’université hébraïque de Jérusalem, Patrick Drahi a évoqué ses premiers jours en Israël : «  En 2008-2009, c’était la crise, et je voulais investir aux États-Unis. C’était le bon moment . Je vais à New York. Mais je me dis, c’est trop grand pour moi. Et on m’appelle pour me dire qu’il y a un truc à faire en Israël. J’arrive et je vais à la tour Millenium à Tel-Aviv, puis je vois des tours partout. Ça ressemble à New York. Je descends dans la rue et c’est le bazar. C’est le souk, cela me rappelle Casablanca. Bref, je me retrouve dans un mélange de New York et de Casa. Je suis comme à la maison.  »2. Son représentant en Israël, Patrice Giami, confiait en 2014 au journal Le Monde que pour son patron«  s’implanter ici était initialement une décision très rationnelle en rapport avec une opportunité industrielle. Puis est venu un intérêt, un attachement beaucoup plus sentimental pour ce pays, son état d’esprit et le projet qu’il incarne…  »3. Clin d’œil sentimental en France, Drahi a donné le nom de Zive au tout nouveau service de vidéo à la demande de SFR. Zive, prénom hébreu se traduisant par «  splendeur  » ou «  luminosité  »…

Drahi est israélien de cœur mais aussi de nationalité depuis 2013. Pour le peu qu’il s’affiche ici, le milliardaire semble «  un gars plutôt sympa et cash, qui sort tranquillement dans les restaurants de Tel-Aviv  », assure l’un des rares journalistes l’ayant rencontré. «  On a mangé en famille à la marocaine dans un restaurant de Neve Tzedek  », charmant quartier du sud de la ville, raconte Johan Hufnagel, directeur des éditions deLibération, convié en février à Tel-Aviv par Drahi avec ses collègues de la direction du journal, Laurent Joffrin, Alexandra Schwartzbrod et le directeur général Pierre Fraidenraich. Pour «  faire connaissance  ». Rien de formel. Outre le dîner, l’équipe deLibération aura droit à une visite des locaux de i24News, une rencontre avec Shimon Pérès, une visite de Jérusalem. Pas un mot sur le contenu du journal, ni sur sa couverture de l’actualité Israël-Palestine, «  sur laquelle il n’est jamais intervenu  », assure Hufnagel. Juste faire découvrir ce pays qu’il aime. Et sur lequel Alexandra Schwartzbrod, qui a été correspondante à Jérusalem, écrit des papiers sévères, fort peu sionistes au sens où l’entend la droite israélienne. Peu importe pour Drahi qui ne cache certes pas son empathie sioniste mais ne la proclame pas, se contente de «  vouloir montrer au monde le vrai visage d’Israël  »4. Sa vision «  sentimentale  » lui permet de ne jamais s’engager sur les sujets qui fâchent. De l’occupation de la Palestine au racisme de la société, du poids des religieux au modèle de croissance, ils brossent un «  visage  » du pays peu flatteur.

Mais si Drahi est silencieux, sa chaîne d’infos en continu i24News qui émet en arabe, anglais et français parle pour lui. Son objectif, directement inspiré du modèle qatari d’Al-Jazira : proposer «  un regard depuis le cœur de la société israélienne  » sur le monde et le Proche-Orient, explique son directeur, Frank Melloul. Sur i24News, on défend Israël de manière sobre mais déterminée. Derrière le soft d’une chaîne à l’habillage soigné et les trois plateaux qui diffusent simultanément en trois langues, il y a lehard : une ligne éditoriale tout à fait pro-israélienne, outil politique dans un paysage des médias en recomposition.

Au delà, sa discrétion s’explique aussi par des affaires sur place qui ne sont pas forcément florissantes. Sa compagnie Hot, qui propose le quadruple play, c’est-à-dire une offre commerciale rassemblant téléphone fixe et mobile, télévision et internet, affiche certes des résultats flatteurs mais son image auprès du public est très mauvaise, en raison d’innombrables bugs. Et elle vient de se faire souffler le rachat de son concurrent Golan par son rival Pelephone. Sa chaîne télé est officiellement promise à devenir «  le bras international du groupe Altice  », poursuit Melloul. Dans les faits elle lui coûte «  un bras  » : 50 millions d’euros par an, sans que l’audience soit au rendez-vous. Pas grand chose à l’échelle de la fortune de Drahi, mais énervant pour un homme qui, commente Johan Hufnagel, «  a une vision bussiness qui consiste d’abord à mettre les boîtes à zéro  ». Les lourdes pertes de i24News — même si Frank Melloul promet «  l’équilibre dans les deux prochaines années  » — ne peuvent donc que chatouiller son «  pragmatisme  » en matière de gestion, selon le mot d’un collaborateur du groupe Altice. «  Il déteste perdre  »,résume-t-il. «  Son savoir-faire en matière de réduction des coûts et de gestion est unanimement reconnu  », résume aussi Les Échos5.

L’HOMME LE PLUS RICHE D’ISRAËL

Ce «  pragmatisme  » lui a permis de devenir en 2015 l’homme le plus riche d’Israël, au nez et à la barbe des vieilles dynasties du pays comme des nouveaux riches de la privatisation et de la high-tech. Mais pas le plus connu. «  Drahi, ah oui, le type des télécoms, il ne se fait pas remarquer  », dit un député de gauche.«  Il paraît qu’il passe de temps à temps à Tel-Aviv, ajoute un journaliste, mais c’est toujours incognito  ». «  Ton Drahi, il n’intéresse personne ici, explique un collègue de l’AFP. Il ne s’est pas lié à des clans politiques, reste à l’écart du débat public  ».

Sa double nationalité française et israélienne est systématiquement signalée par les médias israéliens, mais c’est un statut assez banal dans ce pays où plus de 700 000 personnes, soit en gros 10 % de la population, disposent d’une double nationalité6. L’un de ses anciens avocats, Me Alexandre Marque, qui a fini par intégrer son état-major de Genève il y a quelques semaines, précisait même en 2013 à Challenges que Drahi avait choisi la nationalité israélienne et renoncé à la française. L’avocat était ensuite revenu sur la révélation de ce qui était sans doute une bévue «  sentimentale  » de son patron. Car en Israël la fiscalité des grandes fortunes, sans être abominable, est plus lourde qu’en Suisse — et spécialement à Zermatt, où Drahi est officiellement domicilié. Il y a obtenu le statut envié, précise un collègue suisse, de «  résident fiscal  », et possède un appartement dans cette morne station du Valais aux taux d’imposition particulièrement doux.

Drahi est un homme de nulle part qui a débuté en France, réussi en Israël et passe à présent à la conquête du monde. Ses holdings personnelles se trouvent au Panama et à Guernesey (paradis fiscaux)7, le groupe Altice qu’il contrôle à près de 60 % est coté à la bourse d’Amsterdam depuis janvier 2014, et le tout est dirigé depuis Genève. Il y a installé son état-major d’une quinzaine de personnes, et habite une belle maison à Cologny, la plus chic des banlieues. À Tel-Aviv, il a acheté un vaste appartement dans la tour One Rothschild, coûteuse adresse en bas de la plus célèbre avenue de la ville. Mais pas la plus bling-bling dans une ville où le prix de l’immobilier de luxe dépasse 20 000 euros le m2. Le plus souvent, il est dans son jet privé et sillonne le monde, 700 heures par an selon les calculs des Échos. Ses filiales israéliennes, qui représentaient il y a deux ans plus du quart du chiffre d’affaires de son groupe, sont devenues modestes dans son nouvel empire. Le chiffre d’affaire annuel de Hot est d’environ 900 millions d’euros, celui de i24News anecdotique à l’échelle d’Altice, dont le chiffre d’affaires grossit avec les achats des derniers mois dans le câble aux États-Unis (Cablevision puis Suddenlink). Il devrait s’établir à 31 milliards d’euros pour 2015, avec des dettes de 40 à 45 milliards d’euros.

Cet endettement majeur et les opérations financières acrobatiques pour s’offrir Numericable-SFR, Virgin Mobile, Portugal Telecom,Libération, L’Express puis les câblo-opérateurs américains, inquiètent même les banques d’affaires. Goldman Sachs note que Drahi a dû emprunter à des taux grimpant jusqu’à 10 % pour acquérir Cablevision (pour 17,7 milliards d’euros). Pour réduire son endettement, la banque recommande au groupe de poursuivre sa politique de réduction des coûts. Et ce métier decost-killer piloté par les banquiers d’affaires, l’entrepreneur l’a exercé chez Hot. De 5 000 en 2012, les salariés sont moins de 2 500 aujourd’hui. Drahi a fait sa marge sur une purge sociale.

DANS LES MÉANDRES DES HOLDINGS

Avec une ironie amère pour les anciens salariés de Hot, Drahi a baptisé la holding de tête de ses affaires israéliennes «  Cool Holding Limited  » (elle-même filiale d’une sous-holding luxembourgeoise filiale d’une autre holding luxembourgeoise, etc. jusqu’à la holding panaméenne). Cela n’est pas anecdotique dans un pays qui dépense des millions d’euros chaque année en marketing et en publicité pour améliorer une image déplorable sur la scène internationale. L’un des vecteurs de propagande de l’ambassade israélienne à Paris s’appelle d’ailleurs coolisrael.fr. Il est dédié à la «  cool attitude  » vantée par les magazines du monde entier («  Tel-Aviv, la ville qui ne dort jamais  », «  la start-up nation  ») et qui séduit tant Drahi, mais n’est que le cache-sexe de l’occupation, de la régression sociale et de la dureté d’une société de plus en plus raciste et intolérante.

Tout pourrait laisser croire que 2015 aura été une année «  cool  » pour Drahi, au moins en France. Il vient de parachever la prise de contrôle de SFR — fusionnée avec Numericable —, celle deLibération. Il mène une purge d’ampleur dans le groupe Express,s’est offert le magazine Stratégies consacré à la publicité, et surtout s’est associé avec Alain Weil, qui lui apporte à terme le contrôle de deux médias d’influence, BFM TV, la première des chaînes d’information en continu et RMC , une radio à l’audience moyenne de 8 %.

Pourtant en Israël, la constitution en moins d’un an de cet important groupe de médias en France est passée inaperçue. Quelques lignes dans Haaretz et Globes, l’équivalent local desÉchos, rien dans le Jerusalem Post. Dans ce pays où 90 milliardaires contrôlent plus de 75 % des richesses du pays, c’est a priori paradoxal. Selon le classement Forbes 2015, il serait à la tête de 16,5 milliards de dollars, ce qui fait de lui la 57e fortune mondiale, la 5e fortune française et la première fortune israélienne. Pour sa part Challenges évalue en juillet 2015 sa fortune à 16,7 milliards d’euros, tout en considérant que «  son patrimoine est inestimable, au sens propre  »8. Inestimable car planqué dans les méandres des holdings, mais aussi parce que son groupe, en France comme en Israël, est basé sur un pari, celui de la convergence des médias, c’est-à-dire de l’association des «  tuyaux  » et des «  contenus  ». Même si l’échec de Vivendi Universal et de Jean-Marie Messier, qui avait basé sa stratégie industrielle sur la «  convergence  » au tournant du siècle, a refroidi les esprits, force est de constater que plusieurs milliardaires y croient à nouveau dur comme fer, à commencer par Patrick Drahi. La bagarre est ouverte à Paris, comme à Tel-Aviv, et c’est sur ce pari que l’homme joue sa fortune.

L’OPÉRATEUR DE TÉLÉPHONIE HOT

Car cette convergence qu’il prépare en France, Drahi la met également en œuvre en Israël. Dès 2009, il rachète trois câblo-opérateurs et les fusionne à la hache. Drahi lance ensuite Hot Mobile en 2012, tout en investissant dans la fibre optique. Rapidement, Hot devient le troisième opérateur de téléphonie du pays et contrôle 60 % du marché de la télévision payante, grâce à des offres quadruple play. Or, un peu comme les télévisions privées en France ont des obligations de production cinématographique, les câblo-opérateurs israéliens doivent investir dans la production télévisée. Avec des séries comme Connected, Astur, et surtout La famille Zagouri, qui met en scène deux familles, l’une juive d’origine marocaine et l’autre de Palestiniens de l’intérieur, Hot va imposer des succès auprès du public populaire. La compagnie investit en 2014 près de 200 millions d’euros dans la production audiovisuelle, soit 21 % de son chiffre d’affaires. De plus, grâce à des coûts de production serrés — 250 000 dollars l’épisode, contre près de 3 millions aux États-Unis — et à des tournages en anglais, les séries Hot s’exportent massivement.

Outre cette belle rentabilité, Hot a contribué ces dernières années à renforcer le dynamisme de l’industrie de l’entertainment en Israël, très connecté à Hollywood, mais aussi aux centres de production européens. C’est aussi une arme redoutable contre le boycott culturel, la hantise du gouvernement israélien. Comment faire boycotter des séries diffusées dans 70 pays, qui montrent des réalités sociales, politiques fort différentes de la propagande officielle  ? Misère, dépression, angoisse d’un avenir incertain, racisme : une partie de ces séries racontent un pays déchiré par la haine.

Mais cette position dans une industrie stratégique en Israël lui est très utile car les choses vont moins bien côté téléphone. L’affrontement sur les tarifs avec son plus féroce concurrent, Golan, dont Xavier Niel, le patron de Free en France est un important actionnaire, continue de faire des dégâts. Golan est dirigé par Michaël Golan, resté dans l’histoire de la presse française comme le cost-killer du Monde, sous son nom d’alors de Michaël Boukobza, alias «  Bazooka  ». Il s’est ensuite installé en Israël, a changé de nom et s’est d’abord allié avec Patrick Drahi, avant de le trahir et de lancer une compagnie concurrente, Golan Telecom. L’inimitié entre eux remonte à cette époque. Mini-vengeance, Drahi s’est rapproché en Israël de Jérémie Berribi, un as de la finance qui a longtemps conseillé Xavier Niel, patron de Free, pour ses investissements, avant de s’éloigner de lui.

Affaibli par la guerre des prix, n’ayant pas réussi à atteindre une taille critique, Golan Telecom a été mis en vente. Hot était sur les rangs, mais Golan et Niel lui ont préféré Pelephone, le leader de la téléphonie mobile en Israël. L’opérateur a racheté Golan le 1er novembre pour environ 240 millions d’euros. Pelephone est désormais à la tête de plus de 3,5 millions d’abonnés au mobile, contre 1,2 pour Hot. Une longueur d’avance déterminante sur un marché aussi volatile, d’autant que Hot doit améliorer son image déplorable. Son réseau est unanimement détesté par le modeste mais significatif échantillon interrogé à Tel-Aviv. Hot a certes cassé les prix et fait découvrir aux consommateurs le quadruple play. Mais Drahi a négligé le service clients — la hotline qui peut rendre fou. Mais quelques centaines de clients mécontents s’exprimant en hébreu sur les forums d’Internet ne suffisent pas à vous pourrir une réputation, surtout dans un pays où les gens haussent le ton pour un oui ou pour un non. Toutefois, conscient du problème, le président de Hot, Ilan Tzahi, vient d’annoncer des investissements «  substantiels  » dans le service clients.

LA CHAÎNE PRO-GOUVERNEMENTALE I24NEWS EN DIFFICULTÉ

Si Hot ne va pas très fort, i24News va très mal. Son principal titre de gloire est d’être installé dans un hangar rénové du port de Jaffa loué à la municipalité, ce dont la chaîne a fait un argument publicitaire. Au cœur de la ville arabe, le port et ses vastes cafés incarnent cette cool attitude typique d’une Tel-Aviv réputée hédoniste. Cette localisation permet à i24News de mettre en avant la coexistence entre juifs et Arabes dans la rédaction  ; c’est faire fi des tensions propres à la gentrification de Jaffa. «  Nous employons ici 250 personnes de 35 nationalités, explique son directeur Frank Melloul. Juifs, chrétiens et musulmans, travaillent ensemble dans la même rédaction, pour favoriser la synergie, avec des régies spécifiques, des présentateurs et des chefs d’édition par langue  ».

i24News dépense 50 millions d’euros par an, à la charge du groupe Altice, chiffre que Melloul refuse de confirmer mais qu’il ne dément pas non plus. Il promet que la chaîne sera à l’équilibre dans deux ans, mais au vu des audiences cela semble tenir du pari perdu d’avance. Le directeur revendique plus de 2,6 millions de visites par mois en France, où sa chaîne serait «  devant LCI sur les CSP +9 pendant le prime time de 19-21h  ». Cependant, selon les chiffres de Médiamat’ Thématik, qui mesure l’audience des chaînes sur le câble, le satellite et l’ADSL10, son audience en France est inférieure à 0,1 %, soit quelques dizaines de milliers de personnes.

Alors i24News est-elle pour Drahi une impasse financière dont il va se retirer rapidement, maintenant qu’il a pratiquement mis la main sur l’autrement puissante BFMTV très regardée à l’international, notamment au Maroc, en Algérie et… en Israël  ? C’est ce que pensent de nombreux observateurs à Tel-Aviv. «  Je n’ai pas de statistiques, évidemment, m’explique un retraité francophone de Tel-Aviv, mais je vous assure que ceux qui parlent français ici regardent pratiquement tous BFM  ». i24 News a le double défaut d’être trop mollement pro-israélienne aux yeux des inconditionnels, tout en l’étant beaucoup trop pour les autres. Nulle neutralité donc à l’écran, au delà de ce morne ronron télévisuel et consensuel aussi ennuyeux que la mondialisation que la chaîne incarne du point de vue israélien. On y parle «  implantations  » et non pas «  colonies  », et ce marqueur linguistique résume le plus souvent le point de vue en Israël. Les jolis présentateurs et présentatrices débitant de la dépêche sur des images d’agences, les plateaux maigrichons limités à la présence de francophones de Tel-Aviv et de personnalités de passage, comme récemment le ministre de l’économie Emmanuel Macron, ne suffisent pas à construire une audience digne d’un investissement de plusieurs dizaines de millions d’euros.

UNE AMBITION POLITIQUE

Mais il n’est pas sûr que la conquête d’une audience mondiale soit le véritable objectif de Drahi, qui pourrait préférer faire de i24News un levier politique en Israël même. Cela implique de mettre «  les mains dans le cambouis médiatique local  », selon le mot d’un confrère. Pour l’instant la chaîne est aussi muette en Israël que Drahi, pour des raisons de législation sur l’audiovisuel et la télédiffusion — hormis sur la Toile. Cependant le ton lisse mais très pro-israélien de la chaîne sert Drahi. En effet, le gouvernement Nétanyahou, coalition de droite extrême et d’extrême droite est plus qu’agacé par les chaînes 2 et 10, leaders en matière d’information. Elles sont quasiment considérées comme gauchistes et pro-palestiniennes, dirigées par ceux que la ministre de la culture Miri Regev qualifie de «  self hated Jews  ». Or Benyamin Nétanyahou pourrait modifier la loi sur la télédiffusion et permettre à i24News d’émettre en Israël si en échange Patrick Drahi lui donnait un petit coup de main éditorial.

En attendant, Drahi a expédié un commando sur le port de Jaffa, avec un cost-killer, Patrick Cohen, et un rédacteur en chef pour l’antenne française, Paul Amar. Cette gloire de l’information télévisée «  à la papa  », plus connue pour sa déférence que son impertinence, sera-t-elle l’artisan du ralliement à Bibi  ? Un diplomate résume la situation : «  i24News ne sert à rien, sauf aux projets de Drahi. Personne ne croit à ses niaiseries de dialogue entre les peuples et les langues. Or Drahi ne semble pas être le genre d’homme à perdre «  pour des prunes  » des millions d’euros. Alors oui, il va entrer dans la danse de Bibi  ». Pour complaire au premier ministre, Drahi pourrait s’allier à Arnon Moses, l’une de ses rares relations connues. Le propriétaire du principal quotidien, Yediot Aharonot et du site Ynet (Ynetnews.com ou Ynet.co.il en hébreu) est lui aussi un partisan convaincu de la «  convergence  » des médias. Un journal, une télé, un site web : voilà qui a une certaine logique, et offre une issue à i24News, qui se lancerait alors en hébreu. Certes, Moses n’est pour le moment pas en cour auprès de Nétanyahou, qui lui préférait un autre magnat des médias, Sheldon Adelson, le «  roi des casinos  » de Las Vegas et Macao. Âgé de 82 ans, ce sioniste acharné possède le quotidien gratuit Israël Yahom lancé en 2007 et qui avait comme constante de toujours défendre le premier ministre, souvent pour le pire. Mais depuis la dernière campagne électorale, les deux amis se sont brouillés, et Nétanyahou se cherche des alliés dans les médias. Pourquoi pas Moses et Drahi  ? Une partie à trois bandes est en train de se jouer. Drahi pourrait aussi faire un geste pour le Maariv, un quotidien de centre droit dont la santé n’est pas flambante. Ces petits services à un premier ministre en délicatesse avec les médias obligeraient Drahi à sortir du bois en Israël, mais c’est sans doute le prix de la survie pour i24News.

En attendant de clarifier sa position sur la scène médiatique en Israël, Drahi y poursuit ses emplettes. Il a acheté en juillet 2014 pour une trentaine de millions d’euros Rav Kook, au sud de Tel-Aviv, un ensemble de bâtisses en décrépitude qui compte la plus ancienne synagogue de la ville, construite en 1904 et fermée depuis plus de vingt ans. Un projet immobilier de luxe y était prévu, et Drahi avait souhaité y acheter un appartement, avant finalement de racheter le site. En fera-t-il une résidence et un hôtel de luxe, un centre culturel, des studios pour i24News  ? Rénover la synagogue lui permettra d’adresser une politesse aux religieux, ce qui est toujours utile en Israël. À deux pas des quartiers branchés, jouissant d’une vue sur la mer, Rav Kook offre une grande visibilité à Patrick Drahi. Comme une chaîne de télé, et pour beaucoup moins d’ennuis.


Jean Stern



Source :  https://orientxxi.info/magazine/citizen-drahi-israelien-de-coeur-et-de-nationalite,1112


1 «  Patrick Drahi, Prix Scopus 2015, de l’ombre à la lumière  », Tribune juive,29 mars 2015.
2 Ibid.
3 Marie de Vergès, «  Le «  labo  » israélien de Patrick Drahi  », 21 mars 2014.
4 Pascal Lacorie, «  Bientôt une chaîne d’info israélienne en français sur le modèle d’Al-Jazira  », La Tribune,‎ 5 juillet 2012.
5 Fabienne Schmitt, «  Dans la tête de Patrick Drahi, 2 octobre 2015.
6 De nombreux Israéliens ont récupéré la nationalité allemande où polonaise de leurs familles. Il y a de nombreux Israélo-américains — dont le premier ministre — et de plus en plus d’Israélo-français.
7 L’économiste Benoît Boussemart a établi l’organigramme financier du groupe Altice, contrôlé à environ 60 % par Patrick Drahi. Publié par Capital en juillet 2015, il compte des dizaines de sociétés, de holdings, sous-holdings qui permettent, comme l’écrit le magazine, peu suspect d’anticapitalisme, de «  brouiller les pistes  ».
8 Eric Tréguier, Challenges, juillet 2015.
9 NDLR. Catégories socioprofessionnelles supérieures.
10 Audience pour la période du 29 décembre 2014 au 14 juin 2015.







L'acquéreur de SFR, Patrick Drahi, est un militant « sioniste » ayant renoncé à la nationalité française

17 Mars 2014


UN MILITANT « SIONISTE » AYANT RENONCÉ À ÊTRE FRANÇAIS, BIENTÔT À LA TÊTE DU 2ÈME OPÉRATEUR DES TÉLÉCOMS EN FRANCE.

« David a gagné contre tous les Goliaths »: c'est en ces termes que Numericable s'est félicité, vendredi 14 mars, du feu vert de Vivendi pour lui céder SFR {http://panamza.com/zm }.

Patron-fondateur du groupe Altice-Numericable, Patrick Drahi est un milliardaire israélien et résident fiscal en Suisse qui a renoncé -en 2013- à la nationalité française {http://panamza.com/zy }. Cet élément d'information, dévoilé vendredi par le magazine Challenges, n'a pas été rapporté par France 2 {http://panamza.com/zo} et BFM TV {http://panamza.com/zp }.

En 2009, Patrick Drahi, originaire du Maroc, affirmait vouloir investir en Israël en raison de ses convictions « sionistes » {http://panamza.com/zq} et déclarait, deux ans plus tard, son intention de s'installer « immédiatement » dans le pays {http://panamza.com/zr }.

Le 5 février 2014, il accordait -fait rare- une interview à la chaîne américaine Bloomberg TV au cours de laquelle, à propos de sa vie privée, il soulignait se déplacer sans chauffeur et rouler en bicyclette à Tel Aviv {http://panamza.com/zv }.

Le 14 mars, l'homme qui détient Numericable avec le groupe Carlyle (bastion du complexe militaro-industriel US) participait à la soirée parisienne de présentation de sa chaine d'info internationale i24news (destinée à « améliorer l'image d'Israël ») en compagnie, entre autres, de Claude Goasguen, NKM, Hassen Chalghoumi, Nagui, Michel Drucker, Karl Zéro, Ariel Wizman, Yves Thréard et Marek Halter {http://panamza.com/zs}.

L'élu socialiste Julien Dray, également convié, a défendu aujourd'hui, sur l'antenne de RCJ, la réputation de Patrick Drahi à la suite des soupçons formulés par le ministre Arnaud Montebourg au sujet de son patriotisme économique {http://panamza.com/zu}.



***  SOUTENEZ L'INFO-PANAMZA {http://panamza.com/5334 }  ***










"Si j'étais un leader arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C'est normal; nous avons pris leur pays. [...] Ils ne voient qu'une seule chose : nous sommes venus et nous avons volé leurs terres. Pourquoi devraient-ils accepter cela ?"

- David Ben-Gourion, premier ministre israélien, cité par Nahum Goldmann dans "Le Paradoxe Juif", page 121.


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- Charles de Gaulle, conférence de presse du président de la République, 27 novembre 1967.

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